Sans musique, la vie c'est l'horreur

23/12/2015. Edito de janvier 2016

« Sans musique, la vie c’est l’horreur » : voici la maxime que nous avons imaginée pour illustrer la couverture de cette nouvelle brochure trimestrielle du Triton. Quand Nietzsche écrivait il y a un siècle et demi que « sans la musique, la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un exil », il exprimait déjà ce que la musique a d’essentiel et en quoi, une vie sans elle, s’avérerait insensée et pénible.

Aux lendemains des attentats tragiques du 13 novembre, cette phrase résonnait en nous avec une pertinence et une gravité décuplées, car un silence horrible venait de nous frapper. Le silence d’une salle de concert terrassée, des terrasses de café décimées, de la stupéfaction, de la mort ; de la barbarie contre la joie, la convivialité, la jeunesse ; de l’obscurantisme contre la musique, la culture, la liberté. Ce sont tous ces joyaux de notre quotidien, de notre vie, qui ont été visés et abimés, ces joyaux qu’il nous faut plus que jamais chérir et préserver. Dans ce combat, la culture, la musique et l’intelligence artistique sont nos seules armes. C’est ce message que nous a adressé notre public avec courage le 14 novembre, en se mobilisant aux concerts que nous avions décidé de maintenir pour ne pas laisser triompher le silence de la peur.

En tant que lieu de vie tout d’abord, le Triton favorise les échanges et le partage. Dans les salles, au bar, au restaurant, sur scène ou en coulisses, spectateurs, clients et artistes se rencontrent. Loin du star-system dans lequel l’artiste ne connaît pas le lieu qui le reçoit ni les gens qui y œuvrent, les musiciens sont au Triton comme chez eux, au sein d’une grande famille de passionnés. Loin du star-system dans lequel l’artiste ne voit pas le visage de celui qui se jette sur lui, les musiciens entretiennent au Triton un lien de proximité, de complicité et d’égalité avec des spectateurs qui, de ce fait, participent activement à la création de l’œuvre.

En tant que structure de fabrication, d’expérimentation et d’innovation ensuite. Tous les jours, des artistes investissent nos salles pour imaginer, essayer, créer. Chaque année, nous présentons plus de cinquante créations fabriquées dans nos salles. Plus qu’une fierté, un honneur et un signe de grande confiance avec les artistes, c’est la véritable marque de fabrique du Triton, et nous nous battons au quotidien pour la renforcer, la pérenniser. Comme Andy Warhol avec sa Factory, nous sommes heureux de voir les musiciens quitter le Triton, leur nouveau projet dans les valises. Nous sommes évidemment tout aussi enjoués de les voir revenir, fouler nos scènes à nouveau, avec de nouvelles envies, de nouvelles idées…     

Que les élus saluent notre existence et louent nos actions en faveur d’une certaine idée de la culture, exigeante, humaine et ouverte, ne peut plus suffire ! Malgré nos alertes incessantes depuis trois ans sur la situation financière insoutenable du Triton, trop peu a été fait. Des soutiens qui n’évoluent pas d’un centime alors que nous avons doublé notre activité et notre masse salariale... Des aides à l’emploi qui s’effondrent alors que nous concourrons largement, à notre échelle, à l’embauche de jeunes surdiplômés et de personnes en réinsertion. Cette année encore, pour boucler le budget de notre association, nous avons dû faire appel à la générosité de nos familles et de nos proches que nous remercions très chaleureusement.

A l’heure où tous les élus disent prendre conscience de l’importance sociétale de notre secteur, il est urgent, enfin, de le soutenir comme il se doit. Urgent de soutenir l’économie sociale et solidaire pour empêcher la marchandisation définitive de la culture. Urgent de soutenir les initiatives public-privé pour empêcher les impasses dogmatiques en tous genres. Urgent de soutenir l’exemplarité pour empêcher les dérives injustes et les suspicions infondées. Urgent de soutenir la création et l’innovation pour empêcher l’uniformisation totale des goûts et des discours…

Sur ce, nous vous souhaitons une bonne nouvelle année et espérons vous revoir nombreux pour de très beaux concerts à venir en 2016.

Jimmy Vivante, directeur de la communication du Triton

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