Culture et courage !

09/04/2015. Edito du 9 avril 2015

En décembre dernier, nous terminions l’édito par les mots de Winston Churchill qui répondit, lorsqu’on le poussait à couper dans le budget des arts en faveur de l’effort de guerre : « mais alors pourquoi nous battons-nous ? ». 75 ans plus tard, dans un climat incomparablement moins délétère, mais néanmoins très inquiétant, cette formule résonne avec une puissance et une actualité intactes et déconcertantes.

Aujourd’hui, comme aux heures les plus sombres de l’époque contemporaine, la société se disloque, les tensions se ravivent, la haine, la barbarie et l’obscurantisme progressent, le chacun pour soi triomphe. Face à la morosité économique et la frilosité politique, nous militons pour la convivialité, l’échange, la confiance, le dialogue, l’amitié, la création, l’inventivité, la transmission et l’intelligence ; en somme, notre quotidien de lieu de vie et de culture comme un rempart, une solution, un projet alternatif de société.

Sur notre territoire, la Seine-Saint-Denis, département au plus fort taux d’artistes du pays, la culture est une force inhérente et une priorité affirmée. Depuis des décennies, la Seine-Saint-Denis porte ce combat en faveur des arts, chevillé au corps. Souvenons-nous de l’engagement de Jack Ralite pour l’exception culturelle et la tenue d’Etats généraux de la culture ; souvenons-nous aussi de la pétition nationale « La culture en danger », lancée par Claude Bartolone en 2009.

En pleine réforme de l’organisation territoriale, ce département, grand rescapé de la dernière alternance électorale, peut montrer l’exemple et incarner l’espoir en mettant au centre de sa politique la culture et son développement. 

Pour cela, il faut que les villes et les intercommunalités se joignent à cette bataille. Est Ensemble, notre communauté d’agglomération, terre de jazz, doit faire sien ce combat. Ne pas se cantonner aux seules compétences d’enseignement artistique mais élargir d’urgence celles-ci au soutien à la création et à la diffusion et donc, au fonctionnement des lieux culturels.

Aujourd’hui, nombre de ces lieux sont sur le point de mettre la clé sous la porte. Le Triton, lui, résiste tant bien que mal avec une activité accrue et des moyens restreints. En effet, malgré une activité de diffusion et une masse salariale doublées depuis 2014, malgré une énergie et un investissement personnel décuplés, malgré un projet toujours plus reconnu par l’institution et les publics, nos partenaires territoriaux n’ont pas augmenté leur soutien au fonctionnement d’un centime depuis 5 ans..

Pour ne pas davantage compromettre l’état de la culture en France, il est urgent, de sortir de ce dogme de la rigueur. Oser une politique de relance, d’optimisation des dépenses publiques, de soutien à l’économie sociale et solidaire, aux partenariats public-privé, bref d’encourager des nouveaux modèles économiques de la culture qui conjuguent recettes propres et recettes publiques pour porter des missions de service public.

En 1959, lors d’un discours à Athènes, le Ministre de la Culture André Malraux proposait comme « devise de la jeunesse française » le binôme « Culture et Courage ». Espérons que cette belle association de la culture et du courage devienne le mot d’ordre, l’horizon, le projet de nos élus.

Jimmy Vivante, directeur de la communication du Triton

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